Une famille protestante

C’est à travers l’acronyme de la HSP (mystérieuse Haute société protestante) que les protestants du XIXème siècle sont souvent connus. Les heures sombres du Désert, c’est-à-dire de la persécution suivant la révocation de l’édit de Nantes en 1685, sont loin. La Révolution française a mis fin à la répression résultant des liens officiels entre Monarchie française et le catholicisme ; les concordats napoléoniens conduisent l’Etat à reconnaître trois religions : catholique, protestante et israélite. L’intégration progresse, à travers la politique sous la IIIème République mais bien avant par l’investissement économique, sans nul doute lié à cette « éthique » austère et inquiète décrite par le sociologue Max Weber dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme.

Les Poupardin ne font pas partie des grandes familles de l’industrie, de la banque proches de l’élite, notamment politique, du pays, mais plus modestement de la Bonne société protestante, un groupe indéniablement ancré dans la bourgeoisie et en forte ascension sociale, doté de valeurs propres et d’un charme discret caractéristique de ce milieu protestant.

Les migrations ont été nombreuses depuis le XVIème siècle, notamment en Alsace, qui compte 200 000 protestants en 1789. La persécution étatique mais aussi le taux élevé d’alphabétisation (nécessaire à la lecture de l’Ecriture) ont orienté de nombreux protestants vers le monde des affaires et de l’industrie, comme à Mulhouse avec les familles Dollfus, Hofer, Kœchlin, Peugeot ou Schlumberger. Ces dynasties d’entrepreneurs se sont d’ailleurs distingués dans le patronat de l’époque par des politiques sociales, quoique paternalistes, envers leurs ouvriers.

Les Poupardin font partie de cette histoire. C’est pourtant dans le hameau de la commune de Dampierre-en-Crot dans le département du Cher que l’on retrouve les premières traces de cette saga familiale. Installés dans le Berry à Sancerre, on les retrouve à Orléans, dans l’Est de la France, et enfin à Paris, à la faveur d’alliances matrimoniales nouées avec d’autres familles protestantes du pays.

 Hameau de la commune de Dampierre-en Crot. Avril 1977.

Alexandre (1787-1860), cadet de la famille, joue un rôle décisif. Il demeure à Orléans, mais on le retrouve à Paris, où il se marie le 10 mai 1815 au temple des Billettes avec Fanny, l’unique descendante d’une famille strasbourgeoise de jurisconsultes : les Treitlinger. Sans que l’on connaisse les facteurs de ce rapprochement géographique inattendu, on peut imaginer que l’endogamie protestante et, qui sait ? une idylle amoureuse, ont favorisé cette union avec une lignée plus prestigieuse. Les liens avec l’Orléanais ne sont toutefois pas rompus : leur fils, Louis, est né en 1816 à Orléans.

La branche aînée des Poupardin, notables locaux, était établie à Saint-Ay (Loiret) dans la propriété du Rivage. Alexandre avait une propriété voisine à Meung-sur-Loire, dite La Mouche, peut-être vendue après sa mort par son fils Louis. Toutefois, les alliances avec les familles alsaciennes en même temps que l’ascension sociale des Poupardin se poursuivent aux deux générations suivantes puisque Louis, puis son fils Paul, tous deux magistrats, épousent des filles de manufacturiers mulhousiens, doublant chacun les alliances puisque leurs premières femmes moururent suite à un accouchement. Meyer, Kœchlin, Hofer et Dollfus font ainsi leur apparition dans le paysage familial. Cette bourgeoisie industrielle alsacienne, progressiste pour l’époque, a fait sa fortune grâce à l’industrie textile et la chimie.

En 1871, la famille Poupardin vit une nouvelle migration. L’Alsace est devenue allemande, et une grande partie de ses membres choisissent l’exil. Les albums nous permettent de retrouver les traces de ces migrations. On peut en effet suivre, d’après l’adresse du photographe mise au bas et derrière la photo, ceux qui ont quitté l’Alsace pour ne pas vivre sous l’occupation allemande. Louis Poupardin est en poste à Bordeaux puis à Paris suivant les aléas des affectations administratives. Son fils Paul, grâce à ce même moyen, est, quant à lui, repérable au Havre, Rouen, puis à Paris. Les membres des familles restés Alsaciens continuent à se faire photographier à Mulhouse, Colmar, Strasbourg.

Malgré la consolidation de la République à la fin XIXème siècle, la France n’en a pas fini avec l’anti-protestantisme : la montée des idées d’extrême droite s’accompagne de la dénonciation d’un prétendu « complot judéo-protestant ». Il faudra attendre le siècle suivant pour que l’hostilité à l’encontre de la minorité protestante s’estompe.

On comprend ainsi que, dans un pays encore majoritairement catholique, et où l’Eglise catholique joue, avant la loi de 1905, un rôle considérable à de nombreux niveaux de la société, les logiques minoritaires et donc communautaires jouent à plein. Les familles se marient entre elles, comme en témoignent les tableaux généalogiques dressés au début du XXème siècle.

L’endogamie des Poupardin permettait de transmettre le patrimoine au sein de ce groupe aisé, mais aussi renforcer les liens, fragilisés par les mobilités géographiques. Les photos jouent de ce point de vue un rôle important. Paul et Daniel Poupardin, installés à Paris ne cessent d’échanger des lettres avec leurs frères Marc, devenu marseillais, Frantz, resté à Dornach, Maurice, résidant à Tarbes. Tous se rendent visite, seuls ou accompagnés, et les photos de famille qu’ils s’envoient permettent de nouer et renouer des contacts. Elles exposaient, et dans le même temps renforçaient, le statut social de ce groupe fortuné.

Ces albums nous rendent plus familiers d’une dynastie ; ils n’en résoudront pas tous les mystères et certains subsistent. Ainsi la présence de trois personnages surprend dans le premier album. A-t-on voulu donner l’impression qu’ils étaient des proches ? Tout d’abord le président Adolphe Thiers, qui participa à l’écrasement sanglant de la Commune et à qui cette bourgeoisie, souvent située dans un juste milieu politique, était attachée. C’est le cas ensuite de l’actrice Augustine Brohan dont la présence peut témoigner d’une attirance de la famille pour le monde du spectacle. Enfin le général Zettritz aux fortes consonances prussiennes détonne dans le milieu alsacien de la période considérée.

en savoir plus sur cette constellation familiale

Quelques informations sur les différentes familles citées et notamment sur la famille Treitlinger dont l’unique descendante est la mère de Louis Poupardin :

Famille Barlow
Jules Ferdinand Koechlin, frère de Clémentine Poupardin est marié avec Caroline Dollfus. Le couple aura dix enfants. L’ainé, Édouard Charles (1822-1890), est marié avec Suzette Barlow, la quatrième Laure Clémentine, à Sidney Barlow. Caroline Dollfus est la fille de Catherine Bourcart et de Jean Dollfus, frère de Daniel Dollfus-Ausset.

Famille Bock
Julie Bock, née Bourcart (1805-1879) est la fille d’Élisabeth, née Koechlin et de Jean Rodolphe Bourcart. Jean Koechlin, le père d’Élisabeth est le frère de Ferdinand Koechlin, père de Clémentine Poupardin. Par ailleurs, le fils aîné de Daniel Dollfus-Ausset, Gustave est marié avec Hélène Bock, (1837-1872), fille de Julie et Léopold Henri Bock. Gustave est le frère de Marie Claudon.

Famille Claudon
De Julien Théodore (1808-1870) et de Marie, née Dollfus (1825-1894) sont issus Marie Poupardin (1853-1887), Isabelle Dussaud (1855-1927), Édouard (1858-1908), Élisabeth Koechlin (1859-1925) et Roger (1861-1915). D’un des frères de Julien Théodore, Benjamin (1814-1873) et d’Adèle, née Jalasson (1826-1886) sont issus Georges (1845-1918) et Henry (1849-1929).

Familles Diemer et Thorens
La sœur aînée d’Adèle Poupardin, Marie Meyer (1825-1859) est mariée à Henri Thorens (1811-1880) dont elle eut deux enfants, Jean Henri et Marie Suzanne. Cette dernière est mariée à Armand Diemer.

Famille Dollfus
Famille qui se subdivise en plusieurs branches d’après le nom de leurs habitations à Mulhouse : Les Dollfus de la Cour de Lorraine, les Dollfus de la Cour des Trois-Rois et les Dollfus de la Cour du Chapitre. La famille Poupardin peut se raccrocher aux Dollfus de la Cour des Trois-Rois. Daniel Dollfus (1769-1818) et Anna Maria Mieg (1770-1852) ont eu en effet 11 enfants dont Daniel Dollfus-Ausset, père de Marie Claudon et Marie Madeleine, mère d’Adèle Poupardin.

Famille Dubied
Cécile Dubied, née Kœchlin (1827-1888) est la sœur de Clémentine Poupardin. Elle est mariée avec Henri Édouard Dubied (1823-1878).

Famille Giraud-Teulon
La fille de Marie, née Schlumberger (1828-1859) et de Charles Kœchlin (1823-1906), frère de Ferdinand Kœchlin (1786-1854), père de Clémentine Poupardin est mariée à Alexis Giraud-Teulon (1839-1916), professeur à l’Université de Genève dont elle eut 3 enfants.
Famille Kœchlin.
Remontons à Samuel Kœchlin (1719-1776), créateur en 1745 avec d’autres de la première manufacture de toiles peintes de Mulhouse, les indiennes, et à sa femme Elisabeth Hofer : 17 enfants dont Jean, l’un des promoteurs de la réunion de la République libre de Mulhouse à la France en 1798 et Climène, née Dollfus ont eu 20 enfants dont 1) Jean dont la petite-fille épouse le comte César de Waldner de Freundstein, 2) Ferdinand, père de Clémentine Poupardin 3) Rodolphe, père d’Emile et de Jean qui épousera la mère d’Adèle Poupardin, veuve d’Abraham Meyer dont il aura Alfred , 4) Marie Madeleine, mère d’Emile Grosjean. Hartmann : une de ses petites-filles est Salomé Kœchlin, mariée à Emile Kœchlin. Jean-Henri est le père d’Henriette mariée à Charles Schwartz, père de Charles Schwartz,  Gertrude Thierry a une fille Élise qui épouse Charles Friedel. Julie est mariée au banquier Charles Schlumberger, père du géologue Charles Schlumberger.

Famille Kullmann
La 3ème fille de Gustave Dollfus et d’Hélène Bock, Mathilde, épousa Paul Kullmann dont elle eut quatre enfants.
Le lien familial entre Paul Kullmann et Auguste et Edmond Kullmann n’est pas encre établi.

Famille Poupardin
On relève même dans l’Armorial de Bourges des armoiries Poupardin reproduites dans le Tableau généalogique de la famille Hofer au n°65 : D’azur au chevron d’or accompagné en chef de deux roses de même et d’un cœur d’argent, et en pointe d’un croissant d’argent, le tout surmonté d’un chef de gueules chargé de trois étoiles à six rais d’or.

Armoiries Poupardin.

Alexandre Poupardin épousa donc Françoise de Treitlinger dont elle eut un fils Louis, marié avec Adèle, née Meyer (1826-1856) le 23 mars 1846.
Deuxième fille de Marie Madeleine Élisabeth, née Dollfus (1806-1801) et de Jean Meyer (1801-1826), manufacturier, l’un des fondateurs de la Société industrielle de Mulhouse, Adèle est une enfant posthume, son père étant décédé le 21 février, elle étant née le 15 septembre. Elle a une sœur Marie, née le 13 novembre 1825. La mère d’Adèle, née Marie Dollfus, devenue veuve se remaria le 20 novembre 1828 avec Jean Kœchlin (1801-1870), fils de Rodolphe et de Marie Élisabeth, née Risler. De ce fait, Adèle est la demi-sœur d’Alfred Kœchlin-Schwartz et de Cécile Kœchlin. Adèle eut de Louis cinq fils, Paul, Marc, Franz, Maurice et Louis et mourut à Mulhouse le 16 juin 1856. Le dernier enfant, né le 2 novembre 1855 à Colmar mourut aussi à Mulhouse le 25 janvier 1857. La sœur aînée d’Adèle, Marie épousa un Thorens.
Nous n’avons pas de portrait photographique d’Adèle Poupardin (1826-1856). À défaut, nous conservons des portraits d’elle réalisés au crayon peut-être par son beau-père Jean Kœchlin (Cette attribution est faite avec beaucoup de précaution car le dessin était pratiqué avec talent par de nombreux membres de la famille Kœchlin), portraitiste : deux feuilles sur lesquels sont fixés les traits d’un visage un peu allongé d’Adèle alors jeune fille (Sur une feuille, trois dessins : une tête de jeune alsacienne, une adolescente assise avec coiffe alsacienne et bouquet tenu de la main, gauche, enfin une jeune fille adossée, chapeautée, un bouquet dans les mains. En bas, à gauche, des indications plus tardives peut-être de deux mains différentes : Badenweiller 1845 et Babete sous le personnage central et Adèle Poupardin sous le personnage de droite . Sur l’autre feuille, tête et buste d’Adèle avec la mention : Adèle Meyer mad. Poupardin.)

Adèle Meyer

Adèle tenait les comptes du ménage : un premier livre débute en mai 1846 et prend fin en juillet 1854. On y trouve la trace de différentes dépenses, témoignage d’un autre monde (avec quelques intermittences : les mois de décembre 1849 et de novembre 1851 ne sont pas renseignés). Le deuxième livre commence à Colmar le 1er décembre 1854, très laconique pour les mois de mai et juin 1856. Le livre reprend en août 1856. Entretemps Adèle est décédée le 16 juin. Les comptes reprennent en août 1856 avant le mariage de Clémentine le 15 mai 1858. Ce livre prend fin en décembre 1869.
Les écritures d’Adèle et de Clémentine sont similaires.
De Louis Poupardin et de Clémentine née Kœchlin est issu : Daniel.
De Paul Poupardin et de Marguerite, née Hofer est issu : René.
De Paul Poupardin et de Marie, née Claudon est issu : Pierre.
De Pierre et de Suzanne, née Handyside sont issus : Jean, Simone, Claude, Marie-Françoise et Henri.
De Jean et de Cécile, née Pigeaud sont issus Marc, Claire, Denis‡, François et Didier‡.

Famille Risler
Elle est liée aux Kœchlin et Dollfus.
Exemples : Rodolphe Kœchlin est marié avec Marie-Élisabeth Risler. Josué Dollfus est le fils de Marguerite, née Risler.

Familles Thierry et Thierry-Mieg.
Les Thierry et Thierry-Mieg répertoriés ici descendent tous d’Henri Jonas Thierry et d’Anne Marie Dollfus.
La descendance de Jean Ulric Thierry (1778-1866), manufacturier à Mulhouse et d’Anne Catherine Mieg (1778-1866) prit le nom de Thierry-Mieg.
Deux représentants de la famille Thierry-Mieg ont des liens familiaux avec les familles alliées aux Poupardin :
– Auguste (1842-1911), négociant, petit-fils de Jean Ulric Thierry (1774-1835) et d’Anne Catherine Mieg 1778-1866. Rappelons ici les descendants Dollfus-Mieg : Daniel Dollfus-Ausset, par exemple.
Marie Rose Hofer (1849-1919), sœur de Marguerite Poupardin mariée à Auguste Thierry-Mieg. Elle est la fille de Marie Cécile Dollfus et de Charles Hofer. Marie Cécile est la sœur de Marie Claudon, elle-même mère de Marie Poupardin.
– Jean-Jacques (1820-1904), fils de Jean Ulric Thierry (1774-1835) et d’Anne Catherine Mieg 1778-1866.
La sœur de Clémentine Poupardin, née Kœchlin, Amélie est mariée à Jean-Jacques Thierry-Mieg, Leur fille Élisabeth est mariée à Marc Poupardin.

Famille Waldner de Freundstein
Amélie Climène Waldner de Freundstein est au même titre que Clémentine Poupardin la petite fille de Jean Kœchlin (1746-1836).
La famille de Waldner de Freundstein est l’une des quatre familles dites “équestres” du Saint-Empire Romain, dont n’importe quel souverain pouvait épouser les filles sans se mésallier et sans faire perdre par là à ses fils les droits à la succession au trône (TGD, p. 574). Elle fut propriétaire du château d’Ollwiller.

La famille Treitlinger et la tombe du père Lachaise
Cette tombe, proche de celle de David d’Angers est vite identifiable.

Tombe au Père Lachaise
Les renseignements pris au cimetière du Père Lachaise sont les suivants : la concession fut acquise le 23 février 1824 par Louis François de Treitlinger qui y fut inhumé en 1832. Marie Madeleine, sa femme, née Birr le rejoignit en 1841.
Les parents de Françoise Poupardin, dite Fanny : Louis François de Treitlinger (1787-1832) et Marie Madeleine, née Birr (?-1841), ont été inhumés dans la tombe familiale du Père Lachaise en 1832 et 1841. La concession fut acquise en 1824 ; elle est facilement repérable du fait de sa proximité avec celle de David d’Angers (David d’Angers mort en 1856 n’a pas la place d’honneur en dépit de l’œuvre mémorable du sculpteur en particulier au Père Lachaise (monument au général Gobert et monument, au comte Edmond de Bourcke, etc.), mais la tombe des Treitlinger est de plus de vingt ans antérieure).
En 1890, des aménagements furent faits avec les exhumations des Treitlinger, de Marie Madeleine Hummel et de Caroline Hummel.
Qui sont ces Hummel ? Le corps de sa sœur, Caroline Hummel décédée à Ostende en 1812 aurait été transféré au Père Lachaise en 1842. Marie Madeleine Hummel serait décédée en 1824. Le seul prénom : Marie Madeleine incline à penser que les Hummel et Treitlinger étaient proches Nous conservons du reste une Bible de 1775 dorée sur tranche, offerte à cette date par Jonas Lorenz, imprimeur du directoire de la noblesse à Strasbourg « dem lieben Kinde… Maria Magdalena Hummelin… »
Les initiales MMH sont estampées à chaud sur le plat supérieur. La reliure est en marocain rouge décorée.

 Bible de Marie-Madeleine Hummel. Bible de Marie-Madeleine Hummel

Louis Poupardin, d’après les renseignements fournis par le cimetière du Père Lachaise fut alors en 1890 le premier occupant de la tombe réaménagée sans doute par son fils Paul après exhumation des Treitlinger-Hummel. La pierre centrale porte sous le fronton Familles Treitlinger. Parrot. Poupardin et sur l’un des deux côtés les noms de nos deux Hummel.
Les inscriptions des plaques latérales. Sur la gauche deux plaques sur lesquelles on peut encore lire :
Caroline Hummel
Gestorben in Ostende
Den XXVen   September MCCCXII
[et plus bas]
Geist. das ist mein hoher name
Diester Leib ist hülle Nur
Fromme thaten sind. Der Samme
Für die ewigkeiten flur.

Voici un essai de transcription de la seconde :
Der
AMXXIII
Hornung MDCCCXXV
Verewigten
M. Magdalena Hummel
Gewidmet
Von ihrer schwester
Caroline

Et aux dessous 3 lignes en cursive illisibles par moi.

Les plaques situées à droite n’existent plus ou n’ont pas eu de trace d’écriture. Elles auraient pu se rapporter à Alexandre, né en 1787 et mort le 22 mars 1860 et à Françoise Poupardin, née Treitlinger (1784-1er mars 1858) mais le cimetière du Père Lachaise n’a pu nous renseigner à ce sujet. À cette époque, leur fils Louis était bien implanté dans l’Est : nous avons la certitude qu’en 1863 la famille était implantée à Belfort (1863 est la date de la première communion de Paul Poupardin comme en témoigne son exemplaire annoté du Nouveau Testament).
Dans l’Etat de section des propriétés bâties et non bâties datant de 1848, on voit qu’Alexandre Poupardin a bien été propriétaire de la Grande Mouche – maison, jardin, vignes- superbe propriété sur les bords de la Loire à Meung-sur-Loire, transformée en  maison d’hôtes, mais suite à différentes recherches au niveau des registres d’Etat Civil, il n’y a pas trace de Poupardin ni de concession portant ce nom dans le cimetière de la commune.
Voici où en est l’état des recherches.

D’où vient alors ce nom de Parrot sur la partie centrale écrit en caractères moindres que les noms de Treitlinger et Poupardin ? Que vient faire Parrot ? Quelle est l’intruse ? Voici des éléments de réponse suivis d’une hypothèse : Le faire-part de décès de Louis cite, joint aux nombreux membres de la famille, une Madame Henri Parrot. Autre renseignement donné par le cimetière qui a retenu l’appellation : Veuve Louise Parrot, née Rau décédée en 1898, date qui figure aussi sur la partie centrale de l’édifice. Henri Parrot était un avocat qui avant la guerre de 1870 traita de nombreuses affaires en Alsace et qui aurait été un ami de Louis Poupardin (voir Catalogue général de la BNF).
Hypothèse : Louise Parrot, née en 1819 d’après l’inscription funéraire, aurait participé financièrement à l’érection de la plaque tombale moyennant son repos éternel en bonne compagnie…

Et enfin, donnons quelques détails sur différents membres de la famille Treitlinger.
Commençons par Jean Chrétien Treitlinger (1717-1742), professeur de droit.
Vient ensuite Louis François (1754-1832) qui occupa des fonctions administratives à Strasbourg. Membre du Conseil des Quinze. Père de Françoise Poupardin (1784-1858), qui épousa Joseph Alexandre Poupardin (1787-1860). Une note sur l’arbre généalogique paternel précise à son nom : dernièr du nom d’une vieille famille du patriarcat noble de Strasbourg qui y occupa jadis un rang considérable. Son père, ambassadeur de La Tour et Taxis, à Paris au moment de la Révolution française fut inhumé au cimetière du Père Lachaise […] chargé d’affaires des maisons ducales de Saxe.

Nous conservons de Louis François de Treitlinger une Bible de 1723 avec le nom rayé de Johannes Christianus Treitlingerus. La famille conserve son portrait miniature reproduit dans le Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne.
La famille détient d’autres objets de provenance Treitlinger…

Bible Louis Tretlinger de Strasbourg 1760.