méthodologie

Ces trois albums ont traversé plusieurs générations. Pierre Poupardin, chirurgien, fils de Paul et petit-fils de Louis, tous deux magistrats, est mon grand-père. J’ai découvert ces albums en 1992 suite au décès de mon père Jean Poupardin qui les avait apportés chez moi quelques années auparavant mais ils étaient restés quasiment inaperçus dans l’avalanche de déménagements. Notre père ne nous en parlait pas, pensant que nous n’étions pas intéressés. La vue de personnages disparus qu’il avait aimés le rendait sombre. S’y ajoutait sans doute une pointe de nostalgie d’un train de vie qu’il avait entr’aperçu dans sa jeunesse. Toutefois, il nous racontait des anecdotes, maintenait des liens, notait les naissances et les décès. Très bon photographe, il préférait exercer ses talents sur ses enfants et petits-enfants, nous constituant même des albums.

Il nous a fallu rassembler et trier des bribes. Dans ces albums de familles, nous avons eu aussi la surprise de trouver, outre les photos de personnages, quelques représentations de maisons, paysages, monuments et tableaux. Certaines de ces reproductions proviennent du diffuseur Goupil, éditeur d’art de 1827 à 1920 ; d’autres, sans mention de photographe, ont été prises par des particuliers au cours de voyages en France ou en Europe.

Tels que nous les avons trouvés, ces albums regroupent des photos qui n’ont pas été classées mais disposées sans ordre apparent, avec parfois de timides essais de regroupement. Les représentants des principales familles sont mélangés ; les amis ou relations interfèrent ; l’ordre chronologique n’est pas toujours pris en compte car il est fréquent de trouver la même photo dans deux albums. Nous constatons une grande diversité dans la qualité des photos. Citons le photographe Pierre Petit qui donne la date de la prise de vue, et soigne la présentation avec tranche dorée et décoration au verso. D’autres photos anonymes ont mal vieilli, prises sans doute par des amateurs.

C’est seulement par le truchement des photographes que l’on pourra peut-être un jour mettre un nom sur les nombreux anonymes qui remplissent les pages des albums. Des annotations ont déjà permis de repérer l’identité de ces notables, hommes et femmes en majorité alsaciens ou d’origine alsacienne, ainsi que leurs enfants, mais un important travail reste à faire. Pour identifier les personnages, nous avons utilisé surtout :
la documentation rassemblée par mon père, auteur aussi du tableau généalogique que nous pouvons apercevoir sur le site,
les généalogies dressées par d’importantes familles alsaciennes désireuses de ne pas tomber dans l’oubli qui sont partiellement consultables en ligne maintenant dans des dictionnaires biographiques, dont :

Histoire et généalogie de la famille Dollfus de Mulhouse 1450-1908 par Max Dollfus, Mulhouse, E. Meininger, 1909. L’exemplaire conservé dans la famille a été poursuivi à la main très partiellement par Isabelle Dussaud, née Claudon, belle-sœur de Paul Poupardin. Les personnages de nos albums recensés portent alors la mention TGD (Tableau Généalogique Dollfus) et le numéro attribué dans l’ouvrage.

Histoire et généalogie de la famille Hofer de Mulhouse 1418-1935 par Jean Gustave Dardel, Mulhouse, E. Meininger, 1936. Les personnages de nos albums recensés portent alors la mention TGH (Tableau généalogique Hofer) et le numéro attribué dans l’ouvrage.

Tableaux généalogiques de la famille Koechlin 1460-1914, Mulhouse, E. Meininger, 1914. Les personnages de nos albums recensés portent alors la mention TGK et le numéro attribué dans l’ouvrage.

Dictionnaire de biographie française. Les personnages de nos albums recensés portent alors la mention DBF.

Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne. Rédacteur en chef. J.-P. Kintz. Les personnages de nos albums recensés portent alors la mention NDBA.

Dictionnaire historique & biographique de la Suisse. Les personnages de nos albums recensés portent alors la mention DBS.

Nos photos retrouvées dans la base Gallica de la Bibliothèque Nationale Française sont signalées par l’abréviation Gall.

Illustration (Daniel Dollfus Ausset)

Certains portraits photographiques ont déjà été publiés, comme ceux de Charles Hofer, ses fils Charles et Maurice qui figurent dans l’ouvrage cité plus haut : Histoire et généalogie de la famille Hofer de Mulhouse 1418-1935 par Jean Gustave Dardel, pl. XVII a, d’autres ont suscité un intérêt certain puisqu’on les retrouve en ligne sur le portail Alsatica (avec la référence : fonds Tissot-Poupardin).

Ajoutons que Daniel Dollfus Ausset, si photogénique, notamment dans sa tenue d’alpiniste chevronné, a été photographié par les plus célèbres photographes : Adolphe Braun et Antoine Meyer. On le retrouve dans le 1er album de Paul Poupardin, chapeauté et photographié sous son profil le plus avantageux et… inédit.

Le premier album a été annoté par Clémentine Poupardin. Nous avons retranscrit les notes écrites sur l’album, sous la photo, au crayon. Parfois une autre écriture plus effacée se joint à celle de Clémentine et nous retrouvons cette écriture au dos des photos. La photo numérotée 179 nous donne peut-être la clé de ce mystère. Au verso, à propos de Mlle Landert, la mention : « Ma filleule, » et sous la photo : « La filleule de Louis [Poupardin] ». Le donateur ou la donatrice de la photo annote aussi au crayon, parfois à l’encre avec une parole amicale. Ces notes nous renseignent sur l’évolution des carrières, le nom de famille des femmes mariées, ou l’âge des enfants bien représentés dans l’album.

Si les photos du premier album sont relativement bien annotées, il n’en est pas de même pour les deux autres qui l’ont été par Pierre Poupardin, certainement après la mort de son père, Paul. Il s’ensuit beaucoup d’anonymes dont l’identité sera peut-être un jour dévoilée grâce à l’indication du photographe et de son adresse. Dans la période d’après la guerre de 1870 et 1871, on peut en effet suivre, d’après l’adresse du photographe mise au bas et derrière la photo, ceux qui ont quitté l’Alsace pour ne pas vivre sous l’occupation allemande. Grâce à ces mentions, nous retrouvons Louis Poupardin (1816-1890), en poste à Bordeaux puis à Paris suivant les aléas des affectations administratives. Son fils Paul (1847-1919), grâce à ce même moyen, est, quant à lui, repérable au Havre, Rouen, puis à Paris. Les membres des familles restés Alsaciens continuent à se faire photographier à Mulhouse, Colmar, Strasbourg et ces photos témoignent de liens restés forts entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés. Rendons hommage aux photographes qui ont constitué ces albums en citant les deux ouvrages qui nous les ont fait le plus connaître :

Boisjoly, François, Répertoire des photographes parisiens au XIXème siècle, Paris, les éditions de l’amateur, 2009.

Voignier, Jean-Marie, Répertoire des photographes de France, Le Pont de Pierre, 1993.

Pour finir par le petit bout de la lorgnette, il est surprenant de retrouver quelques noms listés ici dans une autre relique qui nous vient de Clémentine Poupardin : son livre de recettes de cuisine avec table des matières. Nous devons probablement à cette dernière un livre de cuisine, avec des recettes de desserts typiquement alsaciens comme le Mandelschnitten, les Badenwiller Bratzele, les Griespfluten, etc. La pâte feuilletée, les beignets de pomme de Marie Bonne Soupe, le biscuit Vaugiraud, la glace blanche, le pudding semoule, le gâteau Henriette, la crème au kirsch froide de madame Chevals, etc., etc. nous plongent dans l’impénétrable puisque les instruments et ingrédients sont eux-mêmes sources d’interrogations. Une petite croix au crayon indique sans doute que la recette a été testée : à la rubrique Soupe à la farine alsacienne est adjoint le commentaire “très mauvais”.